À Madagascar, les histoires peuvent faire la différence

La fistule obstétricale est une blessure catastrophique de l’accouchement. C'est un problème de santé publique et de droits humains négligés.

Dans les pays en voie de développement, 2 millions de femmes ont une fistule obstétricale et près de 100,000 développent une fistule chaque année. Ces femmes ont des fuites urinaires et / ou fécales et vivent dans le désespoir, en marge de leur propre vie. Seulement 1 femme sur 50 recevra un traitement.

Les «FIGO Fellows», stagiaires en chirurgie de la fistule dans des régions parmi les plus pauvres du monde, sont en traine de combler cette lacune en matière de soins chirurgicaux. Le docteur Fidèle Rakotoarivololona, qui travaille à l’Hôpital de Sambava à Madagascar, raconte son histoire.

Les 58 FIGO Fellows ont maintenant effectué collectivement 9000 réparations de fistules. Cela signifie pour moi un grand réussit car le programme pense au droits humains de ces femmes victimes de fistule obstétricale.

Malheureusement,vue la situation actuelle, je ne pense  pas à voir la fin de la fistule obstétricale. Il y a toujours de nouveaux cas - par exemple, depuis le début du mois de janvier 2019, j'ai réparé six cas.

La première patiente que j'ai aidée s'appelait Mahafaly*, agée de 42 ans, vivant en galère avec sa  fistule pendant 22 ans. Elle m'a raconté que personne ne veut l'approcher, car elle sentait de l'odeur d'urine. Elle s'est isolée chez elle. Elle est allée un peu partout avec son mari - heureusement, elle est toujours soutenue par son mari durant ces 22 ans de souffrance - mais personne ne veut la réparer car son cas  est complexe.

Un dimanche au mois de novembre 2012, elle était venue au centre hospitalier de référence régionale de Sambava. J'étais de garde ce jour là - elle s'est confiée en me racontant son histoire. Après l'entretien, je lui expliquais qu'on peut traiter sa fistule. Dès qu'elle a entendu qu'on peut réparer sa fistule, elle est très contente, son visage s'illumine.

Puis arrive le jour de son intervention. Dans la salle d'opération, avant de monter sur la table d'opération, elle s'est agenouillée en priant. Cette attitude m’a beaucoup touché, et depuis ce temps là je me  suis consacré à réparér les femmes qui souffrent de fistules obstétricales.

Quand on a réussi a réparer une fistule, la femme a la possibilité de reprendre sa vie avec dignité et espoir. Leurs histoires sont l'outil le plus puissant dont nous disposons pour attirer l'attention sur la fistule obstétricale, afin d’aider d’avantage les femmes atteintes de fistule à l'avenir.

La fistule ne devrait plus être une partie négligée de la santé publique. Il faut la prévenir car on connait maintenant les causes: l'éloignement géographique, l'existence des matrones qui ne savent pas à quel moment il faut référer la patiente, facteurs socio-culturels et économiques. Surtout il faut sensibiliser la population contre certaines pratiques traditionnelles, et des mariages précoces.

Le fait d'être opérée signifie pour cette femme une liberation totale, car elle ne subit plus cette perte d'urine et elle peut assister à des réunions au  niveau de son village. Ca va lui changer la vie.

Dr Fidèle Rakotoarivololona 
FIGO Fistula Fellow
Madagascar 

La mortalité maternelle est une priorité du programme de développement de l’Agenda 2030. La morbidité maternelle ne l’est pas, même si c’est un poids très lourd. Sauver une femme de la mort mais lui laisser incontinente, isolée et dévastée est une violation des droits humains.

À l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la fistule obstétricale, nous devons ramener la fistule obstétricale au premier plan des discussions mondiales pour être certain que plus aucune femme souffrante de la fistule ne soit négligée. #EndFistula

* nom changé